Alberto Giacometti

La fiche « Pas que ça à foutre »

Alberto Giacometti peignant la rue Hippolyte Maindron depuis la cour de son atelier, 1952
© Fondation-Giacometti

Alberto Giacometti
Nationalité Suisse
1901 – Borgonovo, Suisse / 1966 – Coire, Suisse
Sculpteur, peintre, courant cubiste, puis surréaliste puis indépendant des courants car il crée des objets.

Le point enchères

Rien de bien méchant, il explose juste tous les records.

TOP 1

L’homme au doigt, 1947, 177cm, vendue en mai 2015,
chez Christie’s New York pour 112 millions de d’euros

TOP 2

Chariot, 1950, 145 cm vendue en novembre 2014
chez Sotheby’s Londres pour 72 millions d’euros.

TOP 3

L’homme qui marche I, 1960, vendue en février 2010,
chez Sotheby’s Londres pour 66 millions d’euros.

Au niveau actu, Christie’s Paris a annoncé il y a quelques jours la vente d’un dessin au crayon « Tête d’homme (Diego) ». Il s’agit d’un portrait que Giacometti a fait de son frère en 1955. Il fera partie de la vente « Impressionist and Modern Works on Paper » qui aura lieu le 28 février 2018 à Paris. Ça promet encore de rapporter 2-3 sous aux heureux vendeurs de l’oeuvre.

Update : l’oeuvre a trouvé un acquéreur pour 416 000 livres britanniques. Nous voilà rassurés.

Maintenant que tout le monde est calmé, on peut parler de l’artiste.

Qui est cette personne ?

Il est né dans le Val Bregaglia en Suisse. Là, je vous connais, vous allez m’arrêtez net :

« Voilà, tu recommences, tu mens sans cesse et sans répit, tu vois bien que Val Bregaglia c’est un nom italien, arrête de te foutre de nous… »

Ce à quoi je répondrai :

« Figurez-vous, chers amis, que la Suisse, ce n’est pas que Genève et Zürich, et Bern pour ceux qui se sont fait piéger au jeu des capitales, il y a aussi une partie italienne, ce qui explique le côté italien de certains noms de ville comme Lugano, Acquarossa ou encore Giubiasco. »

Breeeeeeef, maintenant qu’on est d’accord là-dessus, Giacometti est donc né dans le canton des Grisons, en Suisse.

Allez, je vous mets même une carte des différentes langues parlées en Suisse, c’est pour moi, c’est cadeau.

Décidément, c’est fou tout ce qu’on apprend.

La suite.

Avec tout ce raffut, je n’ai même pas parlé de sa date de naissance.
Alberto est né en octobre 1901.
Il est décédé à Coire, une autre ville du canton des Grisons, en 1966, à 64 ans.

Le père d’Alberto, c’est Giovanni, c’est un peintre post-impressionniste donc forcément ça aide à s’intéresser à l’art. Giovanni a bien réussi son coup, car il a eu 5 enfants, et sur les 5, il y a Alberto le sculpteur, Diego le dessinateur et designer, et Bruno l’architecte. Pas mal.

Le père a fait quelques expos, d’ailleurs voici son autoportrait :

Autoportrait de Giovanni Giacometti, 1909-1910.

Le jeune Alberto commence donc à peindre dès son plus jeune âge, à la maison, en s’inspirant de Papa Giacometti, puis il part faire l’école des beaux-arts à Genève. Mais les études ça ne lui plait pas trop, donc il arrive à Paris en 1922, à 21 ans.

A Paris, il rencontre Antoine Bourdelle :

C’est un sculpteur français qui se débrouille pas trop mal d’après ce qu’on peut voir ci-dessous :

Antoine Bourdelle, Héraklès archer, 1909, bronze.

A partir de là, Alberto découvre d’autres horizons, comme l’art africain, la culture océanienne et les statues grecques. Il commence à sculpter ses premières oeuvres, d’abord en plâtre puis en bronze.

Il s’installe définitivement à Paris, où le rejoint son frère Diego, le dessinateur.

Bon, Alberto, ce n’est pas un grand joyeux, comme on l’a dit tout à l’heure. Il était un enfant hyper-sensible, et a été confronté à la mort plusieurs fois. Il a connu des décès qui l’ont beaucoup traumatisé. Tout ça, ça l’a foutu dedans, il est assez tristounet.
C’est ce que nous explique Catherine Grenier, directrice de la Fondation Giacometti à Paris, dans la biographie qu’elle consacre à l’artiste.
Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer ses sculptures.
Allez, je ne résiste pas à vous en proposer une bien bien bien joyeuse.

Le chien, 1951, bronze.

Personnellement, cette sculpture ne me met pas en joie.

Bref.

Le Surréalisme

En 1927, première expo au Salon des Tuileries, il montre cette sculpture :

Sculpture « Femme cuillère », Plâtre, 146x51x21cm

En 1928, Giacometti est exposé par la galerie Pierre Loeb à Paris.
Les affaires commencent. C’est la période du surréalisme.

D’après notre ami le Larousse, le surréalisme c’est :

« Un mouvement poétique, littéraire, philosophique et artistique, né en France, qui a connu son apogée dans l’entre-deux-guerres sous l’impulsion d’André Breton. »

D’après le principal intéressé, ledit André Breton, le surréalisme, c’est :

« Un automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »

André Breton est un écrivain et poète français, né en 1896 et décédé en 1966.
Il est le théoricien du surréalisme.
C’est aussi la personne sur la photo ci-dessus.

En gros, avec le surréalisme, on fait ce qu’on veut, sans limite, sans barrière morale etc, plus de filtre entre la pensée et l’action. Fort bien, fort bien.

A partir de là, Giacometti rencontre pas mal de monde, dans sa galerie et au sein du mouvement surréaliste. Entre autres :

Joan Miró, espagnol, peintre, sculpteur, céramiste,
graveur surréaliste (1893-1983)

Oeuvre : Le Carnaval d’Arlequin, 1924-1925, 66x93cm

Jean Arp, allemand puis français, peintre, sculpteur, poète,
mouvement dada puis surréalisme (1886-1966)

Oeuvre : Composition abstraite, 1915, Huile sur toile.

Tristan Tzara, écrivain et poète roumain, rédigeant ses oeuvres en roumain et en français, un des fondateurs du mouvement dada (1896-1963).
Oeuvre : Sans titre, 1920

René Crevel, français, écrivain et poète, dadaïste puis surréaliste (1900-1935)

Louis Aragon, français, poète, journaliste, écrivain, dadaïste puis surréaliste (1897-1982)

Salvador Dalí, espagnol, peintre, sculpteur, graveur, scénariste et écrivain surréaliste (1904-1989)
Oeuvre : « La rose médidative », 1958

Avec toutes ces rencontres, Alberto Giacometti fait partie des surréalistes.
On est à peu près en 1931. A cette époque, il crée par exemple ces oeuvres :

Femme qui marche, bronze, 1932, version 1936,
fonte 1955
151x11x38cm

La femme qui marche sera montrée à Londres, lors de l’exposition surréaliste de 1936. C’est l’un des seuls sculpteurs du groupe surréaliste.

Femme couchée qui rêve, 1929
Bronze, peint blanc, 24x43x13cm

 La Cage 

La sculpture ci-dessous me permet de vous parler de la notion de cage chez Giaco. Il délimite l’espace de ses sculptures grâce à une cage que l’on peut voir. C’est un peu un mélange entre les tableaux, qui ont techniquement un cadre, et la sculpture, qui est en reliefs, en formes. C’est nouveau de faire des choses comme ça.

Boule suspendue, 1931 version de 1965
Plâtre et métal, 60x35x36cm

Le Palais à 4h du matin, 1932.

Le Nez, 1947
Bronze, 80x70x40cm

D’ailleurs, Giaco n’utilise pas le procédé des cages seulement pour ses sculptures, il met aussi des cadres dans ses tableaux :

Tête noire, vers 1957-1959.
Huile sur toile, 81x65cm

Les objets

Giacometti nous fait réfléchir sur la notion même d’objet d’art.
Par exemple, le nom donné à la sculpture ci-dessous est ‘Objet désagréable à jeter’.
Ça nous fait cogiter. Qu’est ce qui différencie cet objet d’un autre ? Pourquoi cet objet fait-il partie des objets d’art ? Pourquoi lui plus qu’un autre ?

Objet désagréable à jeter, 1931
Bronze, 22x34x25cm
Fonte vers 1975, 4/6

A partir des années 1930, Giacometti crée des objets utilitaires comme des vases, des cheminées, des lampes :

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Photographie de la Lampe modèle « tête » (vers 1933-1934) en plâtre
© Gallery Marcilhac

La tête 

Giacometti est à fond sur un sujet en particulier : la tête des gens.
C’est d’ailleurs pour ça qu’il sera banni du mouvement des surréalistes en 1935, ses acolytes ne supportent pas qu’il prenne des modèles, c’est trop classique pour eux. Trop mainstream quelque part.
Pour Giacometti, la tête humaine est un sujet d’inspiration artistique absolu et sans fin. On voit d’ailleurs dans ses oeuvres que ce sujet revient souvent.

Tête de femme, 1935
Bois réhaussé au crayon, 17x7x8cm

Tête d’Isabel, 1936Plâtre, 30x23x21cm

Après la mort de son père en 1933, Giacometti créé la Tête-Crâne :

Tête-crâne, 1934
Plâtre rehaussé au crayon, 18x19x22cm

A partir des années 1945, on va retrouver les sculptures de Giacometti telles qu’on les imagine : grandes, minces, décharnées, désincarnées, anonymes et filiformes.
A ce propos, on n’en n’a pas encore parlé, mais c’est dans ces années là qu’il rencontre Annette Arm, puis l’épouse.
En 1951, Giacometti sera exposé par la Galerie Maeght à Paris. Il avait déjà été exposé en galerie, notamment par le fils de Matisse, Pierre.

Quatre femmes sur socle, 1950
Bronze, 73x41x18cm

Grande femme IV, 1960-1961.
Bronze, 270x31x56cm

Jean-Paul Sartre

Giacometti est copain avec Jean-Paul Sartre.

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Sartre est un écrivain et philosophe français (1905-1980)

Jean-Paul Sartre de profil, vers 1949
Crayon retravaillé à la gomme abrasive sur papier, 29x22cm

Sartre a écrit pas mal de choses, dont des essais sur des artistes, pour expliquer le rapport entre ledit artiste et son oeuvre. Dans Les Mots, un roman écrit en 1964, il explique la conception de l’homme neutre, générique dans les sculptures de Giacometti :

« Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous
et que vaut n’importe qui. »

En gros, Giaco représente dans ses oeuvres l’Homme de manière absolue, et non un homme en particulier. Cela explique pourquoi on ne peut pas distinguer les traits des personnages représentés par ses sculptures.

Autres oeuvres

A part ça, Giaco a fait pas mal d’estampes et de litho.
Et là vous allez me dire :

« Oui bah oui, dis ça comme ça bien sûr… nianiania estampes, blablabla litho, COMME SI ON SAVAIT CE QUE C’ETAIT ! »

Et là je vais vous dire :

« Mais calmez vous voyons, j’allais y venir ! Vous êtes un peu susceptibles aujourd’hui… »

Je disais donc : Giacometti a fait beaucoup d’estampes et de lithographies.

L’ami Larousse nous dit qu’une estampe c’est :

« L’estampe est une image à caractère artistique, imprimée, le plus souvent sur papier, par le moyen d’une matrice traitée en relief (gravure sur bois, sur linoléum), en creux (sur métal : taille-douce) ou à plat (lithographie, sérigraphie). »

En gros, c’est l’impression d’une gravure. Pas l’impression de voir une gravure mais l’impression d’une gravure, genre tu imprimes une gravure.

Une gravure, c’est une image obtenue grâce à un procédé d’incisions ou de creux. 

Bon là, je vais vous rassurer, la plupart des gens utilisent les mots ‘gravures’, ‘estampes’, ‘lithographies’, ‘tirages’ pour exprimer la même chose. Soyons fous, allons-y gaiement, et semons un joyeux bordel dans les termes artistiques… Je vous jure…

Assaillie par le désespoir (oui, je prends tout ça très à coeur), je me tourne une dernière fois vers l’ami Larousse et lui demande :

« Qu’est ce qu’une lithographie? »

D’après lui, c’est :

« L’Art de reproduire par impression les dessins tracés avec une encre ou un crayon gras sur une pierre calcaire.
Une feuille, estampe imprimée par ce procédé. (Abréviation familière : litho.) »

Une fois de plus, on n’est pas sorti du sable.

Bref, exemple :

Composition I, planche pour le portfolio d’Anatole Jakovsky, 23 gravures, 1935
Burin, 32x24cm

Famous Giaco 

En 1958, le fils de Matisse, qui est galeriste à New York, propose à Giacometti de créer une oeuvre à placer devant un nouveau gratte-ciel aux USA, genre un monument.
Ça ne se fera pas à la fin car Giacometti renoncera au projet, mais il a quand même créé l’oeuvre et la montrera à la Biennale de Venise en 1962.
D’ailleurs, j’en profite pour vous dire que si vous ne savez pas quelle est la différence entre une foire d’art et une biennale, et que ça vous empêche de dormir, vous pouvez aller lire cet article sur Les foires d’art.
Ceci dit, si ça vous empêche de dormir, peut-être que vous prenez tout ça trop au sérieux.

Voici donc les oeuvres exposées à la Biennale :

Projet pour la Chase Manhattan Plaza, 1959
Bronze doré

A la fin de sa vie, Giacometti sera reconnu comme un artiste très important.
Il remporte plusieurs prix : le prix Carnegie en 1961, le grand prix de sculpture de la Biennale de Venise en 1962, le prix Guggenheim en 1964, et le grand prix international des arts décerné par la France en 1965.

Giacometti décède en 1966, et sera enterré dans sa région natale.

Fin de l’histoire.

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