Sandro Botticelli

Ce tableau est la raison pour laquelle j’écris cet article.

Sérieusement, vous avez déjà vu un tableau aussi fou ?

Oui ?

Bon, et bien ce n’est pas grave, parce qu’ici c’est moi qui décide, donc aujourd’hui, c’est Botticelli.

La fiche ‘Pas que ça à foutre’

Autoportrait, dont vous connaitrez les détails plus tard dans l’article.
Teaser de malade, JPP de ce suspens. 

Sandro Botticelli, ou plutôt Alessandro di Mariano di Vanni Filipepi
Né en 1445 à Florence, Italie
Décédé en 1510 à Florence, Italie
Peintre de la Renaissance Italienne

Sandro-Botticelli-signature

Le point enchères

Top 1

Sandro Botticelli, Vierge à l’enfant, avec le jeune saint Jean-Baptiste
Tempera sur bois, 46x36cm
Christie’s New York, en 2013, vendu pour 6 millions d’euros.

Top 2

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Sandro Botticelli, La Vierge et l’Enfant, avec grenade, roses…
Tempera sur bois, 100x65cm
Christie’s Londres, en 2006, pour 5 millions d’euros.

Top 3

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Sandro Botticelli, Femme de profil
Tempera sur bois, 49x35cm
Sotheby’s New York, en 2007, pour 3 millions d’euros.

Les infos de base

Sandro Botticelli ne s’appelle à aucun moment réellement comme ça. Il y a tromperie :  son vrai nom, c’est Alessandro di Mariano di Vanni Filipepi.

Après avoir étudié Léonard de Vinci il y a quelques temps, on reste dans le thème de la Renaissance italienne et des noms à rallonge.

Et comme ça nous avait manqué, on va repartir sur du surnom bien bien lourd, Sandro Botticelli s’appellera dorénavant Sandy.

Sandy est né entre 1444 et 1445 à Florence. On n’en sait pas plus sur sa véritable date de naissance, en même temps, à l’époque, c’était un peu le bordel donc on va pas s’en offusquer. Par contre, on est certain qu’il est décédé en 1510, à 66 ans, toujours à Florence.

On rappelle que les dates de Léo de Vinci sont : 1452-1519. Il y a accointance entre les dates des deux loulous. D’ailleurs, si vous pouviez remettre le mot ‘accointance’ au goût du jour, ce serait sympa.

La vache, je m’égare encore plus que d’habitude aujourd’hui. Et je dis ‘la vache’, ce qui est hyper ringard, comme le fait de dire ‘accointance’.

Continuons.

Sandy nait à Florence, en Toscane. Une bien belle région d’Italie.

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Selon Internet, Botticelli est un intellectuel contemplatif. Ça veut dire que le gars sait des trucs, et en plus, il observe beaucoup les choses. (Me remerciez pas, c’est cadeau). Il est passionné par les théories humanistes des philosophes néoplatoniciens. Putain, je pige rien. Revenons au concret.

Au niveau famille, on est sur de la famille modeste. Le père s’appelle Mariano, il est tanneur, la mère s’appelle Smeralda et c’est tout. Il a quatre frères. Rien de bien folichon.

La formation artistique

Pendant sa jeunesse, Sandy a été placé chez un orfèvre qui s’appelait Botticello, ça serait pour ça que derrière, le gars s’est fait appeler Botticelli.

Au niveau du début de carrière, Sandy entre à 20 ans dans l’atelier de Fra Filippo Lippi.
Qui se cache derrière ce nom extrêmement difficile à dire ?

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Voici Fra Filippo Lippi, il s’agit d’un autoportrait.
Je suis excédée quand je vois ça.

A part avoir une tête particulière, Fra (on va l’appeler Fra), est un peintre florentin, il est aussi moine. Il travaille au service des Médicis, encore eux.

Les Médicis, pour faire simple, c’est une grosse famille qui ne gouverne pas exactement au sens étatique du terme, mais ils ont créé une sorte de banque européenne qui ramasse l’oseille de la religion, donc ils font un maximum d’argent, et finalement, on peut dire que ce sont eux qui gouvernent Florence, notamment Laurent le Magnifique, qui est le plus connu de la famille, sûrement car il est magnifique.

Fra était un peintre très talentueux, contrairement à ce qu’on pourrait penser avec le vieil autoportrait ci-dessus. En réalité, ce dernier est tiré d’une fresque, donc pas vraiment représentatif du sens des détails du gars.

Voici deux de ses toiles, ça va vous calmer direct :

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Fra Filippo Lippi, Vierge à l’enfant et deux anges, 1437-1465
Galerie des Offices, Florence
Détrempe sur bois, 95x62cm

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Fra Filippo Lippi, Vierge à l’enfant, 1466-1469
Palais Medici-Riccardi, Florence
Détrempe sur bois, 155x71cm

Sandy va rester 3 ans l’atelier de Fra, et peindre avec des copains, comme par exemple Andrea del Verrocchio, dont on parle, une fois de plus dans l’article sur Léonard de Vinci.

Sandy apprend aussi l’orfèvrerie comme on l’a dit auparavant, grâce à Botticello et à d’autres artisans avec lesquels il bosse au quotidien, dont son propre frère, Antonio, dit ‘Anto’ par moi-même.

Là-dessus, il commence à développer une certaine technique, et va ouvrir son propre atelier en 1470, vers 25 ans. Perso, j’ai passé cet âge, et j’ai rien ouvert du tout : ni atelier, ni pâtisserie, ni ma dernière facture d’électricité.
Et ça n’a aucun rapport, je vous l’accorde.

Pour vous donner une idée du style de Sandy à cette époque, voici le diptyque ‘Episodes de la vie de Judith’.

‘Qu’est-ce que c’est que cette connerie en deux parties?’, me direz-vous.

Voici de quoi il s’agit :

Première partie du diptyque :
La découverte du cadavre d’Holopherne, tempera sur panneau, 31x25cm.
C’est un épisode biblique peint pour un usage privé vue sa petite taille.

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Deuxième partie du diptyque :
Le retour de Judith à Béthulie, peint vers 1470, tempera sur panneau, 31x24cm.

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Pas mal.

Autre exemple du style des années 1470 :

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Sandro Botticelli, La force, 1470
Tableau commandé par le Tribunal du Commerce, Tempera sur bois, 167x87cm
Située actuellement dans la fameuse Galeries de offices,
avec une bonne partie des autres oeuvres de Sandy. 

Les bons filons de Sandy

Sandy a de bons filons : il fréquente les Médicis.

Ce networking, comme diraient les gens chiants, permet à Sandy d’avoir, d’une part, une protection et d’autre part, des commandes; et qui dit commandes, dit oseille.

Botticelli est comme nous, il ne mange pas du sable, donc il a besoin de sous. Bien joué, Sandy !

Les Médicis vont notamment lui commander L’Adoration des mages.

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Sandro Botticelli, L’Adoration des mages, c. 1475
Tempera sur bois, 111x134cm

Le cortège représente les membres de la famille de Médicis.

Pas folle la guêpe : on ne mord pas la main qui nous nourrit, donc on met les patrons sur le tableau, et ils sont contents.

Wow. Ce proverbe est si ringard.

Cette peinture est un épisode religieux, pour changer. En gros, l’enfant Jésus vient de naître, il y a sa mère, son père, les rois mages et les Médicis. Et le gars tout à droite, c’est Botticelli en autoportrait, car ce serait con de louper les festivités.

C’est le portrait qu’on a vu au tout début de l’article, pour ceux qui ont une mémoire incroyable.

Cette peinture, comme pas mal d’autres de Botticelli, se trouve à la Galerie des Offices de Florence. Ce lieu n’est ni plus ni moins qu’un palais florentin dans lequel on trouve un bien belle collection de peintures italiennes et européennes.

A la même époque, Sandy peint aussi ces tableaux, pour vous montrer un peu l’évolution.

Sandro_Botticelli_-_Portrait_of_a_Man_with_a_Medal_of_Cosimo_the_Elder

Sandro Botticelli, Portrait d’homme avec médaille de Cosme l’ancien, 1474
Tempera et dorures sur bois, 57x44cm

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Sandro Botticelli, Portrait de Julien de Médicis, 1476-1477
Tempera sur bois, 75x52cm

Après les Médicis, Sandy ne s’arrête pas là au niveau des bons filons.

En 1481, Sandy a 36 ans, le Pape l’appelle et lui dit (en gros) :

‘Hey Sandy, c’est Sixte IV, tu veux pas venir décorer la Chapelle Sixtine ?’

Sandy accepte, et peint trois fresques :

Les Epreuves de la vie de Moïse :
Niveau dimensions, on est sur une fresque de 348x558cm, et ça sera à peu près pareil pour les deux autres fresques ci-dessous.

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La Tentation du Christ :

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La Punition des Rebelles Lévites :

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A la suite des fresques, il y a des petits soucis au niveau de la reconnaissance du taff de Sandy, car le Pape et les Médicis ne peuvent pas se blairer (on vulgarise ici, si jamais c’était pas clair), donc Sandy sera un peu écarté des remerciements. Là-dessus, Sandy part de Rome et revient à Florence, et n’en bougera plus. Il rentre chez les Médicis, et peint pour eux car eux au moins ils sont sympas.

Sinon, le gars a fait d’autres oeuvres genre :

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Sandro Botticelli, Vénus et Mars, c. 1483
Tempera sur bois, 69×173
Actuellement à la National Gallery à Londres.

En gros, sur ce tableau, on peut voir Vénus, réveillée, qui regarde Mars, qui pionce sévère, alors des petits faunes s’amusent comme des petits fous autour du couple.

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Sandro Botticelli, La Calomnie d’Apelle, c. 1495
Tempera sur bois, 62x91cm
Toujours et encore, inlassablement, à la Galerie des Offices. 

Bon, au niveau explication du tableau, c’est un bordel sans nom : en gros, Apelle, c’est le nom d’un peintre, Apelle de Cos, qui a vécu au IVè siècle. Il a peint un tableau, mais on a paumé le tableau. La seule chose qui nous reste dudit tableau, c’est une description de Lucien de Samosate, dont le nom me donne faim. Lucien est né vers 120, c’est un gars qui écrit, qui parle, et qui fait des satires. C’est son job. Bref, d’après cette description, Sandy a créé ce tableau, avec plein d’allégories.
Je m’étends pas plus là dessus, car ça devient trop technique et on va se paumer.

Botticelli reste quand même bien bien connu car il a peint deux tableaux pas piqués des hannetons, dont on va approfondir un peu plus l’étude, car je sens que vous êtes chauds.

Ledit approfondissement du sens des oeuvres non encore nommées

→ Le printemps, 1478-1482 :

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Pour la remise dans le contexte, Florence, c’est la ville où la Renaissance artistique bat son plein. Ça renoue sec avec l’Antiquité, ça remet l’Homme au centre comme on l’a vu avec l’Homme de Vitruve de notre copain Léonard de Vinci . Les Médicis règnent sur la ville, ça peint à fond et ça développe des nouveaux courants artistiques.

Au niveau du tableau, il faut d’abord savoir que Botticelli est très fort en allégories, c’est-à-dire, selon le Larousse :

‘L’expression d’une idée par une métaphore animée et continuée par un développement’.

Donc ici, on a une scène d’inspiration mythologique, en tempera sur peuplier, qui mesure 203x314cm, ni plus ni moins.

Il y a 9 personnes, et au centre, une gonzesse, probablement Vénus, déesse de l’Amour, et au dessus, Cupidon, son fils. A droite, Zéphyr, le dieu du vent. Il y a des nymphes, en tenue transparente, et une autre gonzesse avec des fleurs partout.

On peut y voir une allégorie du printemps, mais certains pensent que les 9 personnages représentent les régions italiennes de l’époque, représentées par leurs traits caractéristiques. Moi, j’ai pas d’avis sur la question. J’étais pas là. Et j’ai ma courge butternut dans le four, donc vous êtes mignons mais je ne peux pas être partout.

Botticelli adore les thèmes antiques mêlés aux thèmes religieux, et ici, on est servi.

→ La Naissance de Vénus, 1485 :

Venus botticelli

Donc là, on est face à l’un des nus les plus connus de l’Histoire de l’Art, au niveau des mesures on est sur du 172x278cm, un beau morceau.

Pour vous raconter un peu la place du nu à ce moment là, sachez que ça faisait un bon bout de temps qu’on n’avait pas vu un nu sympa, car avant c’était honteux d’être nu, surtout les gonzesses, car Eve était elle-même nue tout ça tout ça. La fille au milieu, c’est Vénus, la déesse de l’Amour, elle a l’air mélancolique, elle essaye de cacher son corps, et ne nous regarde pas. Apparement, cette scène représente sa naissance, car elle serait née dans un coquillage selon certaines versions.

A gauche, on peut voir Zéphyr, toujours le même, et sa compagne, qui représente le vent du printemps. Ils poussent Vénus vers la berge, où la déesse du Printemps l’attend avec de quoi se couvrir, car il fait frisquet, faut pas déconner.

Au niveau technique, on n’est pas sur de la grande grande perspective, et les contours sont ciselés, alors que la mode est plutôt au fondu, cf la technique du sfumato expliquée ici : Léonard de Vinci .

Bon, après, il faut voir aussi que Sandy, à l’origine, il a une formation d’orfèvre, donc le côté hyper précis des traits vient peut être de là.

Une fois de plus, cette oeuvre est à la Galerie des Offices à Florence.

L’épisode du bûcher des Vanités

Le 7 février 1497, le jour de Mardi Gras, les disciples d’un moine s’appelant Jérôme Savonarole pètent littéralement un câble.

En gros, Savonarole va prendre le contrôle de Florence, alors qu’avant, c’était les Médicis qui avaient le pouvoir.

Je m’explique, les mecs de Savonarole sont à Florence, ils sont religieux, et un peu tatillons. Les types débarquent dans les rues, et passent de maison en maison pour choper tous les objets qui ont un rapport avec la vanité.

La vanité, loin d’être un mélange entre un granité et une saveur vanillée, c’est ce qui représente l’argent, le luxe, le pouvoir, les plaisirs de la chair comme dirait à peu près personne puisque c’est, encore une fois, ringard de dire ça.
Tous les objets qui représentent ce genre d’abominations partent au feu direct avec nos amis de Florence, ils arrivent dans ta baraque, te prennent tes robes, tes miroirs, ton maquillage, ton yukulélé parce que t’as pas autre chose à foutre que de t’occuper de ça ? Genre prier ? T’es sérieux ?

En gros : tout cela – les vanités – ça n’a aucun sens, il faut se concentrer sur la religion, on part sur des flammes, du feu et de la destruction.

Et donc, tout cela nous donne le bûcher des vanités. Botticelli va apporter lui-même certaines de ses oeuvres, qui ne sont pas assez religieuses à son goût. La Vénus de Botticelli échappera au bûcher, mais les 10 dernières années de sa vie, à cause de ce genre de peinture carrément dénudées, il ne recevra plus de commandes.

Sandy décédera en 1510 dans la maison où il aura bossé toute sa vie.
Fin de l’histoire.

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