Edward Hopper

La fiche ‘Pas que ça à foutre’

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Edward Hopper
Né en 1882 à New-York
Décédé en 1967 à New-York
Peintre, mais pas seulement.
Mouvement réaliste.

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Le point enchères

TOP 1

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Edward Hopper, Chop Suey, 1929
Huile sur toile, 81x96cm
Vendue pour 72 millions d’euros chez Christie’s New-York, en novembre 2018

Le TOP 1 a été atteint il y a quelques jours, ça fait bien si vous le sortez en société, ça fait genre vous vous tenez informés. Ça fait aussi genre vous êtes chiants à la ramener avec votre science. A vous de voir.
On en reparle tout à l’heure de toutes façons, peut-être que vous aurez fait votre choix.

TOP 2

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Edward Hopper, East wind over weehawken, 1924
Huile sur toile, 86x127cm
Vendue pour 26 millions d’euros chez Christie’s New-York en 2013

TOP 3

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Edward Hopper, Hotel window, 1955
Huile sur toile, 101x139cm
Vendue chez Sotheby’s New-York pour 18 millions d’euros en novembre 2006

Le début de la vie de Doudou

Doudou est né en 1882 et décédé en 1967, les deux à New-York. Il est décédé à 84 ans. Je vous le dis car moi je suis nulle en calcul et là, les dates ça ne me parle pas du tout.

Il est donc américain.
Il fait partie du courant réaliste, il est peintre et graveur. Il est très connu pour ses peintures à l’huile, mais il a aussi fait pas mal d’aquarelles donc calmez-vous.
Ses tableaux représentent sa vision de la société américaine.

Doudou vient d’une famille d’origine néerlandaise, plutôt aisée, installée aux Etats-Unis. Le père de Doudou gagne bien sa vie, mais c’est surtout l’héritage de la madre qui compte dans la vie quotidienne des Hopper. D’ailleurs, l’ambiance à la maison est plutôt féminine, la mère, la grand-mère et les soeurs dominent la baraque, et c’est pas plus mal.

Doudou était un bon élève et il dessinait très bien.
C’était quelqu’un de plutôt cultivé. Comme son père, il s’intéresse à la culture française – la bonne idée – et à la culture russe. Ses parents l’ont encouragé à se donner à fond dans l’art, ils l’ont blindé de matos, pinceaux, toiles et tout le tintouin. En 1895, à 13 ans, il signe sa première peinture, autant vous dire que ça ne plaisante pas.

A la fin du lycée, il décide de poursuivre une carrière artistique. Ses parents sont OK, mais bon pas non plus des masses comme en témoigne cette bribe de conversation absolument inventée :

‘Bon, écoute Doudou, t’es gentil, mais tes conneries de saltimbanque, ça va bien 5 minutes. Tu vas crever la dalle, donc sois sympa et étudie quand même le marché de l’art, la vente de tableaux, comme ça au moins tu pourras éventuellement manger la moitié d’une coquillette en fin de mois’.

Doudou va donc aller dans une école un peu classe parce qu’on n’est pas des blaireaux chez les Hopper. Il intègre la New York School of Art and Design et va y rester pendant 6 ans.

Les inspirations de Doudou

Un de ses profs sera William Merritt Chase, c’est lui qui l’a initié à la peinture à l’huile.

William est un peintre américain du 20ème siècle, qui fait des choses comme ça :

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William Merritt Chase, Still life with watermelon, 1869

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William Merritt Chase, Sunlight and shadow, 1884

Il va pas mal apprécier Edouard Manet et Edgar Degas, deux impressionnistes français.

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Edouard Manet, Le déjeuner sur l’herbe, 1863

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Edgar Degas, La classe de danse, 1874

Dans l’école de Doudou, il y a des modèles. Un modèle, c’est quelqu’un de lambda qui pose nu devant toi pendant que tu le dessines / peins / prends en photo. N’importe qui peut le faire, pas besoin d’être mannequin et c’est rémunéré, si jamais vous ne savez pas quoi faire de vos mardi soirs pensez-y. Il est possible que ça ne soit pas le mardi soir. Renseignez-vous. Il faut qu’il y ait des gens pour vous dessiner, sinon ça ne fonctionne pas. Si vous vous mettez juste nu, en dehors d’un cours de dessin, vous ne serez pas rémunéré. Bref.

Tout ça pour dire que ça va décoincer Doudou, qui a eu une éducation quand même un peu tranquille et conservatrice.

A 20 ans, Doudou va devoir travailler dans une agence de pub pour subvenir à ses besoins – de saltimbanque – et il ne va pas du tout apprécier ce job. Du coup, il part à Paris plusieurs fois, pour s’inspirer de ce qui se fait dans le coin. Les oeuvres de Rembrandt vont particulièrement le toucher.

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Rembrandt, Le syndic de la guilde des drapiers, 1662

C’est vrai que c’est pas dégueulasse.

Le graveur français Charles Meryon va aussi beaucoup l’influencer.

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Charles Meryon, Le pont au change, 1854

Doudou va donc créer pas mal d’oeuvres en rapport avec Paris :

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Edward Hopper, Le pont des arts, 1907

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Edward Hopper, Le pavillon de Flore, 1909

Il rentre aux Etats-Unis.

Et là, c’est le grand doute.

La remise en question de Doudou

Il va mettre du temps pour se ‘remettre’ de son voyage en Europe, le retour aux States est un gros choc, il a perdu l’habitude de vivre là-bas.

Artistiquement, Doudou ne sait plus quel est son style, où est sa place, et blablabla. Du coup, il retourne bosser dans l’agence de pub, il fait des illustrations, il gagne sa vie quoi.

Doudou est à bout de nerfs, il reste dans son pieu toute la journée, il traine en peignoir en jouant à Fifa – c’est faux -, il est au bout du rouleau. Doudou doit se ressaisir.

En 1912, Doudou craint trop, donc il décide de se bouger et part dans le Massachusetts.

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Voici le Massachusetts, c’est pas hyper loin de New-York.

C’est là qu’il fait ses premières peintures en extérieur.

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Edward Hopper, Squam Light, 1912

En 1913, Hopper vend sa première toile pendant l’Armory Show.

‘Quessé l’Armory Show ?’

C’est une foire d’art.

‘Quessé une foire d’art ?’

C’est expliqué ici par moi-même.

Il vend ‘Sailing’ pour 250$. Je vous encourage donc à acheter de l’art, car on sait jamais, ça peut commencer à 250$ et finir aux prix qu’on a vu dans le point enchères – ou pas du tout -. Voici ledit tableau :

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Edward Hopper, Sailing, 1911

Et là, c’est le début de l’envolée.

Nan j’déconne.

Sa carrière stagne.

Il expose dans des petites galeries. Il vit à Manhattan à partir de ce moment, donc il expose dans des galeries new-yorkaises, mais ce sont des petites galeries quand même.

En 1914, il est engagé par une société de production pour faire des affiches de films, or Doudou adore le ciné, donc il est plutôt content.

En 1915, Doudou a un blocage avec la peinture à l’huile donc il se met aux gravures, il représente des scènes urbaines à Paris, à New-York. Il gagne toujours de l’oseille avec des commandes. Doudou bouffe à tous les râteliers, on ne va pas se mentir : affiches de cinéma, propagande pour la guerre, publicités diverses…

Exemple :

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Edward Hopper, Smash the Hun, 1919

Doudou reprend les choses en main

A partir de 1920, ça va se débloquer un peu, ses gravures vont commencer à retenir l’attention du public. Il prend un peu confiance en lui le petit chaton et se remet à la peinture à l’huile :

New York Interior, 1921, C Dailyartmagazine.jpg

Edward Hopper, New York Interior, 1921

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Edward Hopper, New York Restaurant, 1922

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Edward Hopper, Mansard Roof, 1921

A ce moment là, les choses se décoincent : il commence à recevoir des prix, il est beaucoup plus reconnu pour son travail.

D’ailleurs, il rencontre Josephine Nivison, qui va rapidement devenir sa femme, c’est une artiste qui se dédie entièrement à son travail et à celui de son mari. Elle servira de modèle aux peintures de Doudou. 

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Edward Hopper, Jo Painting , 1936

Doudou continue son petit bonhomme de chemin.

En 1925, il peindra son tableau le plus connu : La Maison près de la voie ferrée, dont on va parler après si vous le voulez bien.

Il a retrouvé toute son inspiration :

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Edward Hopper, Two on the aisle, 1927

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Edward Hopper, Automat, 1927

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Edward Hopper, Fenêtres la nuit, 1928

A partir des années 1930, plusieurs musées lui achètent des toiles, donc autant dire que tout va bien.

Tables pour dame, 1930, C Ciné club de caen.jpg

Edward Hopper, Tables pour dame, 1930

Tôt un dimanche matin, 1930 C Cine club de caen.jpg

Edward Hopper, Tôt un dimanche matin, 1930

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Edward Hopper, Room in New-York, 1932

En 1933, une rétrospective de ses oeuvres a lieu au MoMA à New-York.

Il se fait construire une petite baraque à Cap Code, dans laquelle il peint beaucoup :

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Edward Hopper, The long leg, 1935

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Edward Hopper, Cape Cod Evening, 1939

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Edward Hopper, La houle, 1939

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Edward Hopper, Cape Cod Morning, 1950

Le style de Doudou

Les oeuvres d’Hopper sont hors du temps, il est difficile de donner une époque à ses toiles. C’est une critique de la modernité.

Bon, l’ambiance ‘sourde’ de ses toiles est, selon certains, due au fait que Doudou était sourd. Peut-être. Je sais pas moi, me demandez-pas des trucs comme ça.

Le style Hopper c’est : 

des ambiances glauques et feutrées :

La nuit au bureau, 1940, C Ciné club de caen.jpg

Edward Hopper, La nuit au bureau, 1940

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Edward Hopper, Summer Evening, 1947

de la lumière de soir d’été en pleine tronche :

Bureau dans une petite ville, 1953, C Ciné club de Caen.jpg

Edward Hopper, Bureau dans une petite ville, 1953

Direct capture, 2013-266

Edward Hopper, People in the sun, 1960

de l’architecture en détail :

Edward Hopper, Rooms by the sea, 1951

Edward Hopper, Second story sunlight, 1960

des paysages qui donnent le cafard à fond :

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Edward Hopper, Gas, 1940

Les masterpieces de Doudou

→ La maison près de la voie ferrée, 1925 :

Maison près de la voie ferrée, 1925 C Ciné club de Caen.jpg

Edward Hopper, Maison près de la voie ferrée, 1925

Ce tableau a été utilisé comme référence dans pas mal d’autres oeuvres, ce qui explique pourquoi cette maison est familière pour pas mal de monde :

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Modèle de la demeure de Psychose de Hitchcock en 1960.

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Affiche du film ‘Les moissons du ciel’ de Terrence Malick, 1978

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Disneyland Paris, attraction du manoir hanté.

L’oeuvre se trouve au MoMA, à New-York, les parisiens l’ont peut-être d’ailleurs vu à l’exposition ‘Être moderne, le MoMA à Paris‘ à la fondation Louis Vuitton en 2017-2018. J’en parle ici, même si je ne suis plus parisienne.

Cette toile est un succès dès sa création, elle va être achetée dans l’année, puis donnée à un petit musée qui vient de se créer, le MoMA.

‘Pourquoi cette toile sort du lot ?, me demanderez-vous.’

C’est une scène banale, mais qui fout les jetons, pour parler simplement. C’est une maison, ça, OK, on connait le concept, mais il y a une ambiance un peu louche quand même. Déjà, la lumière n’est pas nette, il n’y a personne, pas d’arbre, pas d’animal, pas un oiseau qui traîne l’aile dans le voisinage.
Accessoirement, la maison n’a pas de porte. Putain, ça m’angoisse moi…
Bon, ça, c’est une spécialité de Hopper, pas de porte dans les baraques.
Moi ça me fout dedans.
Par dessus le marché, il y a une ligne de chemin de fer, ça donne envie d’aller se foutre directement dessus. J’en rajoute peut-être un peu. Je suis sensible. Non seulement y’a pas de porte, mais en plus, on doit passer sur un rail ferroviaire pour accéder à la baraque. Bonne ambiance.

→ Chop Suey, 1929 :

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Edward Hopper, Chop Suey, 1929

Donc là, on est sur deux femmes qui se parlent dans un restaurant. Chop Suey, c’est un nom donné aux restaurants chinois à l’époque. D’ailleurs, c’est marqué derrière la fenêtre, donc ressaisissez-vous.
Le personnage qu’on voit le mieux est une femme avec un pull vert, elle regarde dans le vide, et le mec du couple derrière ne regarde même pas sa femme… Navrant.
Une fois de plus, une ambiance sordide. Merci Doudou.

→ Nighthawks, 1942 : 

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Edward Hopper, Nighthawks, 1942

Ce tableau montre des gens assis dans un ‘diner’, restaurant américain de base, assez tard dans la nuit.

‘Pourquoi ce tableau sort du lot ? me direz-vous, blêmes’

Et bien parce que l’atmosphère est quand même très spéciale, limite glauque. Un couple qui ne se parle pas, qui se touche un peu la main, mais rien de bien transcendant. Et on ne voit pas la porte d’entrée, ça donne un côté aquarium au restau, pas ouf l’ambiance. Les boutiques d’en face sont fermées.
Hopper aime représenter la société américaine comme il la voit. Apparement, c’est pas l’éclate. Ceci étant dit, le tableau a quand même une esthétique très particulière, le choix des couleurs et des textures est quand même bien léché.

Voilà c’est tout pour aujourd’hui.

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