Yves Klein

♦ Sommaire 

♦ La fiche ‘Pas que ça à foutre’
♦ Le point enchères
♦ L’incompréhension
♦ La biographie dudit Klein
♦ Et à part foutre des coups de pieds sur un tatami, il fait quoi?
→ Les débuts
→  L’IKB
→  Les anthropométries
→  Les anthropométries suaires
→  Les sculptures
→  Les peintures de feu
→  Les cosmogonies
→  Les reliefs éponges

 


 

♦ La fiche ‘Pas que ça à foutre’ 

 

Screenshot 2018-12-26 at 10.25.33.png

Portrait d’Yves. 
© Yves Klein

Yves Klein
Né en 1928 à Nice
Décédé en 1962 à Paris, à 34 ans.
Artiste français, mouvement avant-gardiste de l’après-guerre.
Connu pour son bleu IKB (International Klein Blue), ça se la pète d’emblée.

Signature : 

Screenshot 2018-12-24 at 16.28.52.png


 

♦ Le point enchères 

TOP 1

Le rose du bleu RE 22.jpg

Yves Klein, Le rose du bleu RE 22, 1960
Technique mixte, 199x153x16cm
Vendu pour 26 millions d’euros chez Christie’s London en 2012
© Yves Klein

 

TOP 2

FC1 (Fire Color 1) C Christie's.jpg

Yves Klein, FC1 (Fire Color 1), 1962
Technique mixte, 141x299x3cm
Vendu pour 24 millions d’euros chez Christie’s New-York
© Christie’s

 

TOP 3

Sculpture Éponge Bleue Sans Titre, Se 168.jpg

Yves Klein, Scupture Eponge Bleue Sans Titre, SE 168, 1959
Résine, pigment, pierre, 112cm
Vendu pour 15 millions d’euros chez Sotheby’s New-York
© Yves Klein 

 



♦ L’incompréhension 

 

Ok les gars donc on va casser les codes (cette expression est nulle, ne l’utilisez pas), et on va commencer par une citation d’Yves :

Pour lui, la peinture c’est :

‘comme la fenêtre d’une prison, où les lignes, les contours, les formes et la composition sont déterminés par les barreaux’.

J’ai RIEN compris, sans déconner vraiment, là, j’ai pas la réf.

Voilà ce qu’on va faire : on va essayer de commencer par la bio, et peut-être qu’après on y verra plus clair.


 

♦ La biographie dudit Klein ♦ 

Les parents d’Yves sont artistes.

Là, je vous vois venir :

‘Ah bah voilà, évidemment c’est beaucoup plus simple. Par exemple, David Hallyday, c’était facile pour lui de devenir chanteur vu que son père c’est Johnny.’

 

Screenshot 2018-12-24 at 16.34.59.png

Donc je me permets de vous couper tout de suite, car, outre le fait que votre exemple est très mal choisi, vous serez ravis de savoir qu’Yves, son truc, c’est le judo.

Je déconne pas. Vraiment, lui à la base il fait l’Ecole nationale de la Marine marchande et l’Ecole nationale des langues orientales (déjà tu sens que le gars est pas fixé fixé sur un choix de carrière).

Dès 18 ans, il s’intéresse à fond au judo. Bon, à l’époque – en 1946 – le judo est considéré comme une technique de maîtrise de soi, quelque chose d’intellectuel et de spirituel. Genre ne vous mettez pas à comparer Yves avec Teddy Riner – champion olympique de judo en 2012 et 2016 pour ceux qui voudraient jouer à Trivial Pursuit cette hiver -.

Et là, ça y est, ça se casse déjà la gueule, puisque je vais vous apprendre un nouveau mot : rosicrucien.

Voilà.

Donc, rosicrucien ça veut dire dérivé des manifestes de la fraternité de la Rose-Croix, qui est un ordre secret fondé au 15è siècle par Christian Rosenkreutz.
Je ne sais pas exactement ce qu’ils revendiquent et je crois que je n’ai pas envie de le savoir. Selon Wiki, leur théorie relève de l’hermétisme chrétien, du néoplatonisme et du paracelsisme. Donc là, vous avez la confirmation que je veux plus entendre un mot à propos de ce courant.

Mais si moi ça ne me dit rien, ce n’est pas la même chose pour Yves.

Yves se nourrit de ses théories et adhérera à ce mouvement jusqu’en 1953.

En 1949, il part à Londres histoire de pratiquer un peu son anglais, et il en profite pour apprendre l’art de la dorure chez Robert Savage, un encadreur. Ce sont grosso modo ses premières expériences dans le monde de l’art.

Ce sont des petits monochromes sur carton. Il s’inspire du ciel de Nice, et veut peindre un ‘monde de la couleur pure’.

A la même époque, Lucio Fontana fait ses premiers monochromes griffés.

Fontana, c’est un gars qui – en gros – peint des toiles d’une seule couleur et fout un ou plusieurs coups de griffes dessus :

fontana.jpg

Lucio Fontana (1899-1968), Concetto Spaziale, Attese, 1965
© Alain R. Truong

Alors ne commencez-pas à commenter :

‘Haaaaaaan mais c’est du foutage de gueule, tout l’monde peut l’faire ça haaaaaaaaaaan’

Oui, tout le monde peut le faire. Mais faites-le déjà. Après on en discute.

Là-dessus, Yves part en Espagne pour étudier l’espagnol et fait des remplacements en tant que prof de judo. Puis, il part au Japon pour perfectionner sa technique et devient ceinture noire 4e dan à Tokyo pendant ce séjour. C’est le premier français à atteindre un tel niveau. Pas mal.

Il en profite pour organiser des expos…pour ses parents : Fred Klein et Marie Raymond.

Capture d’écran 2018-12-19 à 12.43.22.pngMarie Raymond, Montagne, 1961
© Artnet

Capture d’écran 2018-12-19 à 12.45.18.pngFred Fritz Klein, Sans titre.
© Artprice

Le couple est exposé dans plusieurs lieux sympas à Tokyo.

 


 

♦ Et à part foutre des coups de pieds sur un tatami, il fait quoi? ♦

 

→ Les débuts : 

Yves retourne en Espagne et publie le livre ‘Yves Peintures’ en mai 1954, qui est une parodie de catalogue d’artiste : toutes les oeuvres sont des monochromes, soit-disant en rapport avec des villes, m’enfin ce sont des monochromes donc le lien est pas forcément évident, la préface a été remplacée par des lignes de peintures et les dimensions des oeuvres sont en millimètres. Bref, Yves est un sacré fanfaron.

 

Capture d’écran 2018-12-19 à 12.57.02.png

Pages d’Yves Peintures, vendu chez Christie’s Paris en 2014 pour 75 900 euros.
© Christie’s

En 1955, Yves se décoince et souhaite exposer sa première oeuvre au Salon des Réalités Nouvelles au Musée d’art moderne de Paris :

Expression de l'univers de la couleur mine orange, 1955.jpgYves Klein, Expression de l’univers de la couleur mine orange, 1955
Pigment et résine sur carton, 95x226cm
© Yves Klein

Sauf qu’on lui dit (retranscription peu exacte) :

‘Ecoute Yves, t’es sympa, vraiment, on t’aime beaucoup, et l’autre soir c’était vraiment sympa de se voir pour l’apéro, mais là tu te fous vraiment de notre gueule. Nan mais sérieusement, y’a rien sur ta toile là, y’a du orange, bon, ça, OK, mais franchement, je sais pas moi, ajoute un point, un ligne, ce que tu veux, mais là, on peut rien faire, on va passer pour des blaireaux Yves… Essaye de comprendre, c’est pas contre toi mais là c’est too much, ça passera jamais’.

Yves refuse d’ajouter quoi que ce soit sur ses toiles et n’est donc pas exposé.

Yves ne se démonte pas et continue les monochromes, et pour ce que ce soit encore MOINS personnalisé, il utilise le rouleau au lieu du pinceau, comme ça au moins, on est sûr que ce sera vraiment un putain de monochrome.

Yves aime les monochromes.

Yves adore les monochromes.

Il expose ses toiles pour la première fois à Paris, mais tout le monde s’en fout, quelque chose de violent.

En 1956, il rencontre Pierre Restany, un historien de l’art et un critique, qui va le remotiver et le suivre dans ses délires.
Yves expose à la galerie Colette Allendy à Paris et ça marche beaucoup mieux, il est soutenu et apprécié. Il devient connu sous le pseudonyme dYves le Monochrome.

Un surnom somme toute assez nul.

Mais Yves A-DO-RE les monochromes.

→ L’IKB : 

En 1956, Yves est en forme et crée l’IKB, l’International Klein Blue.

Voici ce qu’il en dit à une conférence à la Sorbonne, en 1959 :

‘Le bleu n’a pas de dimensions. Il est hors de dimensions, tandis que les autres couleurs elles, en ont. Ce sont des espaces psychologiques. Le rouge, par exemple, présuppose un foyer dégageant de la chaleur. Toutes les couleurs amènent des associations d’idées concrètes, matérielles ou tangibles d’une manière psychologique, tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a après tout de plus abstrait dans la nature tangible et visible.’

Ok. La drogue.

Et c’est parti pour un doux florilège d’IKB :

IKB 20, 1960 .jpg

Yves Klein, YKB 20, 1960
Pigment et résine sur bois, 8x5cm
© Yves Klein

IKB 75, 1960.jpg

Yves Klein, IKB 75, 1960
Pigment pur et résine synthétique sur gaze, 199x153cm
© Yves Klein

IKB 160 B, 1957.jpg

Yves Klein, La vague, IKB 160 B, 1957
Pigment et résine sur plâtre, 78x56cm
© Yves Klein

Il expose ça un peu partout et Lucio Fontana en achète un, histoire de poser la notoriété du gars.

A part ça, Yves se marie en 1962 avec Rotraut Uecker, une artiste allemande.

Et Yves décède. En juin 1962, il meurt d’une crise cardiaque, deux mois avant que son fils naisse.

Donc voili voilou. Et vu que son existence a été assez courte, on va avoir plus de temps pour s’intéresser à ses oeuvres ! La vie n’est-elle pas bien faite ?!

Bon a déjà vu l’IKB, on va pas y revenir 15 fois.

Yves a aussi bossé avec d’autres couleurs, parce que faut pas déconner :

Monogold, MG 8, 1962.jpg

Yves Klein, Monogold, MG 8, 1962
Feuilles d’or sur panneau, 91x73cm
© Yves Klein 

Monogold, MG 35, 1959.jpg

Yves Klein, Âge d’or, MG 35, 1959
Feuilles d’or sur panneau, 27x22cm
© Yves Klein

Monopink, MP 30, 1955.jpg

Yves Klein, Monochrome sans titre, MP 30, 1955
Pigment pur et résine synthétique sur panneau, 100x65cm
© Yves Klein

Monopink, MP 21, 1961.jpg

Yves Klein, Monopink, MP 21, 1961
Pigment pur et résine synthétique sur gaze, 48x38cm
© Yves Klein

→ Les anthropométries :

Niveau bleu, on a aussi les anthropométries :

Yves aime bien peindre quand il y a des modèles, des gens, des inspirations féminines dans son atelier. Ça c’était l’étape 1. L’étape 2, c’est de foutre les gens dans la peinture et puis de les foutre sur la toile. Exemple :

ANT 67, 1960.jpg

Yves Klein, Anthropométrie sans titre, ANT 67, 1960
Pigment et résine sur papier, 224x150cm
plus une personne qui se colle aux papiers vous l’aurez compris. 

© Yves Klein 

ANT 50, 1960.jpg

Yves Klein, ANT 50, 1960
Pigment pur et résine, 109x74cm
et toujours une gonzesse pleine de peinture qui se fout sur la toile. 
Un peu comme quand vous foutez votre main (ou autre) dans une photocopieuse. Breeeeeeeeef.
© Yves Klein 

→ Les anthropométries suaires : 

Il a aussi fait des anthropométries sur du tissu, devenant alors des objets de culte CAR ça se rapproche du suaire de Turin. Le suaire de Turin, c’est un drap très très vieux (genre 14è-15è siècle ) avec une image d’homme crucifié (vous voyez de qui on parle). C’est le Saint-Suaire, c’est une icône de la religion catholique. Bref je m’attarde pas là-dessus car c’est pas mon domaine, si tant est que j’ai un domaine.

Breeeeeeeeeeef, Yves fait des empreintes de femme sur des tissus, et du coup, il appelle ça des anthropométries suaires. Fallait le trouver.

Exemple :

ANT SU 21, 1960.jpg

Yves Klein, ANT SU 21, 1960
Pigment et résine sur toile fine, 64x56cm
© Yves Klein 

→ Les sculptures : 

La Vénus d'Alexandrie, 1962.jpg

Yves Klein, La Vénus d’Alexandrie, 1962
Pigment, résine sur plâtre, 70cm
© Yves Klein 

 

Sculpture S18, 1957.jpg

Yves Klein, S 18, 1957
Pigment pur et résine sur métal, 74x35x37cm
© Yves Klein 

→ Les peintures de feu : 

Dans un autre style, Yves fout le feu à des bouts de toiles, et ça fait des formes.

‘Han bah il s’est pas foulé hein…’

Ouais. Bah faites le hein. Une fois de plus.

Peinture de feu, 1961.jpgYves Klein, Peinture de Feu, F30, 1961
Carton brûlé, 60x50cm
© Yves Klein 

 

F 86, 1961.jpg

Yves Klein, F 86, 1961
Carton brûlé, 80x119cm
© Yves Klein 

Et avec de la couleur ça donne ça :

FC 17, 1962.jpg

Yves Klein, Peinture de Feu Couleur sans titre, FC 17, 1962
Pigment pur et résine sur carton brûlé, 106x94cm
© Yves Klein 

→ Les Cosmogonies : 

Pour rester dans le côté ‘je crée avec des trucs naturels’, Yves invente les Cosmogonies.

Pour la faire courte, ce sont des traces de vent, de pluie, de sable, d’eau, sur des toiles :

Yves.jpg

Yves Klein en train de patauger pour créer des Cosmogonies, 1960
© Yves Klein 

COS 8.jpg

Yves Klein, COS 8, 1960
Pigment pur, résine, sur carton marouflé, 64x49cm
© Yves Klein 

→ Les reliefs éponges : 

RE 44, 1960.jpg

Yves Klein, RE 44, 1960
Pigment, résine, 65x32x8cm
© Yves Klein 

Vous avez compris le principe.

Allez ciao.

PS : Passez de bonnes fêtes 🙂


 

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16 commentaires

  1. manonwoodstock

    C’était super intéressant, merci pour cette fiche ! Paradoxalement, même si les monochromes me laissent super dubitative, j’aime bien ses travaux sur la texture, ceux sur le papier brûlé et ceux avec les traces de nature, je trouve que c’est assez sensuel.
    Par contre, c’est quand même très ETRANGE cette obsession pour le bleu, non ? 😛

    Aimé par 1 personne

    1. artvulgaris

      Merci pour ton commentaire 😘
      J’adore aussi ceux avec le papier brûlé, j’ai regardé la technique et c’est assez compliqué à faire en fait…!
      Et pour le bleu…effectivement c’est une obsession ahah ! Mais j’aime tellement ce qu’il en fait !

      Aimé par 1 personne

    2. manonwoodstock

      On avait étudié Klein en dessin au collège et justement, notre prof avait bien souligné que c’est souvent dans ce qui paraît très simple que se cache la plus grande des difficultés. J’irai voir la technique pour le papier, ça m’intéresse ! Belle semaine à toi 😉

      Aimé par 1 personne

  2. unchateaudansle93

    On peut dire que cet Yves Klein a des goûts éclectiques, il a su rebondir de passion en passion. Je trouve ce genre de biographie inspirante. Quant au talent artistique, il y a quelques unes des oeuvres présentées qui sont plus recherchées que d’autres. Il y a une recherche esthétique, même minimaliste. Enfin, bravo pour le ton du rédacteur, on adore, comme toujours !

    Aimé par 1 personne

  3. princecranoir

    C’est fou cette passion pour le bleu de la part d’un type qui n’est même pas Auvergnat. 😉
    Effectivement, la drogue ça ouvre parfois des horizons de perception assez loin de nos pensées étriquées. D’ailleurs, ça me rappelle un type qui fabriquait une meth bleue de marque déposée assez prisée au Nouveau Mexique…
    Du coup bonnes fêtes et Curaçao à volonté 🥂

    Aimé par 1 personne

  4. lesbellessources

    Il aurait tout aussi bien réussi dans un magasin de bricolage au rayon peinture, non? Je plaisaaaante, mais quand même les prix que coûtent certaines toiles!!!
    Un aperçu toujours aussi drôle, fin, en plus d’être instructif. Je découvre Klein et ses lubies, et ma foi… Merci Artvulgaris et joyeuses fêtes de fin d’année.

    Aimé par 1 personne

  5. JulieG

    Au musée d’art moderne de Saint-Etienne il y a 2 ans maintenant, j’avais essayé de rattraper Yves dans son saut de l’ange … l’histoire ne dit pas si ce fut une réussite. Mise à part ça, il y avait le carré bleu, ça m’a rappelé encore les cours et avec le temps on comprends peut-être de mieux en mieux les artistes ^^ ou c’est qu’on a capitulé ? Hahaha
    Bel article comme toujours 😉

    Aimé par 1 personne

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