Jérôme Bosch

Vous avez voté de manière déchaînée sur le compte Insta du site, le résultat était sans appel : cette semaine, nous étudions Jérôme Bosch.

‘Gnia gnia gnia pourquoi je n’ai jamais entendu ce nom là?
On n’est pas censé étudier des gens connus ici ? Ça craint quoi…’

Caaaaaaalmez-vous. Jérôme Bosch a un nom plutôt peu charismatique, mais vous avez sûrement déjà entendu parler de lui pour plusieurs raisons, que nous allons voir ci-après si vous le permettez.

La Fiche ‘Pas que ça à foutre’

Capture d’écran 2019-02-28 à 15.36.52.png

Portrait de Bosch par Hendrick Hondius, eau-forte, La Haye, 1610

Jheronimus van Aken, dit Jérôme Bosch
Né vers 1450 à Bois-le-Duc, aux Pays-Bas
Décédé en 1516 dans la même ville
Peintre
Mouvement de la renaissance artistique, de l’humanisme, de l’art gothique, de l’art flamand et tout le tintouin

Il n’y aura pas de point enchères pour cet article car ce n’est pas pertinent, seulement deux résultats, et toujours ce problème d’authenticité, de provenance etc.

Point Bois-le-Duc et Confrérie

Tout d’abord, faisons un point sur cette fameuse bourgade de Bois-le-Duc, que nous allons nommer BLD car je n’ai vraiment pas que ça à foutre d’écrire ce nom trop long pendant tout l’article.
BLD est le chef lieu du Brabant-Septentrional ou Brabant-du-Nord, qui est une province du sud des Pays-Bas.

Capture d’écran 2019-02-28 à 14.09.45.png

Vue panoramique de BLD

C’est à BLD qu’a été fondée l’Illustre Confrérie de Notre-Dame dont Jéjé est membre, il s’agit d’une société oecuménique (ça veut dire que ça concerne tous les chrétiens en gros).

Registre comportant l’inscription de Jérôme Bosch
en tant que membre de ladite Confrérie.

Je vous laisse retrouver son nom, c’est sûr que ça a plus de gueule que le Doodle pour la participation à l’anniv de Polo.

Saint Jean.jpg

Saint Jean l’Evangéliste à Patmos, par Jérôme Bosch.

Les objectifs de ladite confrérie sont simples : promouvoir la chrétienté, préserver le patrimoine et honorer Marie.
C’est une confrérie qui a eu de bonnes heures de gloire au 14, 15, 16è siècle. Ça recrutait à tout va, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne… Mais au 16è siècle, ça s’est un peu cassé la gueule, ce n’était plus à la mode.

L’adhésion de Jéjé à cette confrérie explique que le thème du péché soit très présent dans son oeuvre. Il représente souvent des gens en train de se faire salement torturer, MAIS pour la défense de Jéjé, ce sont sûrement des gens qui se sont adonnés aux plaisirs charnels ou à la possession terrestre à outrance, donc on peut y aller, torturons-les allègrement. Ce style est appelé ‘oeuvres sacrilèges’, ça veut dire que le religieux se confronte au péché et à tout ce qui s’en suit. Jéjé est soucieux et fort préoccupé car les humains ont choisi de renier la loi divine et de pécher un max.

Observons zensemble le tableau suivant, illustrant à merveille mes propos :

Les sept péchés capitaux .jpg

Les sept péchés capitaux (1475-1480)
Actuellement au musée du Prado à Madrid

Ne paniquez-pas, je vous ai fait des zooms parce que là on ne voit rien.

Capture d’écran 2019-02-28 à 16.27.17.png

Ici, vous avez la luxure.

Capture d’écran 2019-02-28 à 16.24.05.png

Ici, la gourmandise.

Capture d’écran 2019-02-28 à 16.25.59.png

Ici, la colère. C’est-à-dire que le gars est tellement en colère qu’il a traversé une table avec sa tête. Sûrement un problème hormonal, ça pourrait tout à fait m’arriver.

Vous avez compris le principe, je vais pas vous montrer les 7 péchés car sinon on sera encore là demain.
Autour desdits péchés, il y a les quatre dernières étapes humaines, c’est-à-diiiiiire la mort du pécheur, le jugement dernier, l’enfer et la gloire.

Pour le plaisir, voici l’enfer selon Jéjé :

Effectivement, je n’ai pas envie d’y aller.

Autre exemple :

La Nef des fous (1490-1500)
58x33cm, Huile sur bois
Actuellement au musée du Louvre à Paris

Ce tableau faisait partie d’un triptyque, mais les deux autres volets sont dans des endroits différents, donc je vous les mets en dessous. En plus, on n’a pas tous les morceaux, donc ce n’est pas très sérieux.

Ici, la Mort de l’Avare, en ce moment à la National Gallery of Art de Washington.
93x31cm, Huile sur panneau.

Et là, on a un bout du troisième volet, qui est à Yale, aux USA.

L’obsession de Jéjé pour le paradis, l’enfer et le péché doit vous paraître un peu excessive, néanmoins si on remet les choses dans leur contexte, à l’époque, c’était un coup à passer au bûcher si on n’était pas d’accord avec l’Eglise, et de surcroît, si vous croyez réellement au concept du paradis et de l’enfer, ça fait une sacrée pression pendant le temps qu’on passe sur terre. Pour Jéjé, les humains ont déconné et se conduisent n’importe comment, quels qu’ils soient, et ça, c’est embêtant, car derrière ça veut dire tortures, cuissons et picotements des côtes pendant l’éternité. Il s’agit donc d’une sérieuse préoccupation.

Maintenant qu’on y voit un peu plus clair sur le contexte, passons à la bio.

Biographie

→ Enfance et formation :

Jéjé est né dans une famille de peintres et d’enlumineurs. Son père s’appelle Anthonius, il est peintre et toute la petite famille réside dans son atelier, une maison sympathique dans le centre de BLD. Il s’y forme jusqu’au début des années 1470, puis disparait des registres pendant quatre ans, parce qu’il est sûrement parti peindre en voyageant.

En 1480, Jéjé revient dans l’atelier familial, repris par son grand frère Goessen à la suite de la mort d’Anthonius (le père). Il se marie avec une riche aristocrate et acquiert une maison à BLD. En 1486, il devient membre notable de la Confrérie de Notre-Dame. Il devient le peintre attitré de la Confrérie et prend la direction de l’atelier familial.

→ La période Venise

Jéjé aurait habité à Venise entre 1499 et 1502, ce qui explique que trois de ses oeuvres soit présentes dans cette ville.

Triptyque de Santa Liberata (1495-1505)
Panneau central 105x63cm

Triptyque des Ermites (1505)
Huile sur panneau, 86x60cm

Quatre panneaux ‘Visions de l’au-delà’ (1505-1515) qui sont des parties latérales d’une autre partie, qu’on a manifestement paumée.
Ils représentent le paradis terrestre, la montée des âmes vers l’empyrée, la chute des damnées et l’enfer.
Actuellement à la Gallerie dell’Accademia de Venise
Huile sur panneau, 87x40cm

→ La suite :

Cette période à Venise lui a donné de nouvelles aspirations :

Saint-Jérôme en prière (c. 1505) au Musée des Beaux-Arts de Gand

La Tentation de Saint Antoine (1501) au Musée National d’Art Antique de Lisbonne.

En 1504, Philippe Ier le Beau, fils de Maximilien de Habsbourg lui commande un tableau représentant le choix de Dieu entre le paradis et l’enfer, c’est-à-dire le Jugement Dernier. On a perdu la trace de ce tableau. A partir de ce moment, Jéjé devient une star internationale. Ni plus ni moins.
Jéjé bosse pour la cour Bruxelloise et pour tout un chacun, il jouit d’une grande renommée.

En 1510, son style évolue et il peint des tableaux ‘à demi-figures’ (ça veut dire qu’on ne voit que la moitié du corps des gens et qu’ils sont au premier plan) :

Le Couronnement d’épines (1490-1500-1510, on ne sait pas)
Actuellement à la National Gallery de Londres

Il meurt en 1516, plus ou moins de la peste.

Le Jardin des délices (1503-1504)

Bon, Jéjé est surtout connu pour avoir créé cette petite merveille, qui, je dois bien l’avouer, est un de mes tableaux préférés du monde, de l’univers, et du Musée du Prado.

Le jardin des délices, 1494-1505
Huile sur bois, 220x386cm

Pour parcourir l’image en MEGA GIGA HD, n’hésitez pas à cliquer là-dessus : .

Il s’agit d’un triptyque, dont l’interprétation est elle-même sujette à interprétation.

MAIS EN GROS :

A gauche, c’est le paradis avant que ça parte en couille.

Au centre, c’est le monde, avec le péché, mais ça va encore, c’est un peu n’imp mais ça passe :

A droite, c’est l’enfer, rien ne va plus :

Apparement, cette toile a été créée sur commande de Henri de Nassau-Brefa, pour son mariage. La toile se trouve en ce moment au musée du Prado.

Bon, on ne va pas détailler ici les 115 millions de théories sur le sens caché ou non de ce tableau, car vraiment mais alors vraiment, le plus important, c’est de voir de quoi il s’agit.

Mais ça m’dit quequ’chose pourtant, t’es sûre que tu confonds pas avec un autre gars?

C’est bien normal que cela vous dise quequ’chose, puisque le style de Bosch a été copié, recopié, plagié et compagnie.

Et le mot ‘quequ’chose’ dans le titre c’est parce que je viens de Normandie et que je parle comme un palefrenier du 12è siècle.

En 1570, Philippe II acquiert cinq de ses peintures, notamment le triptyque du Chariot de foin et La Cure de la folie (aussi appelée La Lithotomie).

Le Chariot de Foin, 1501-1502
Huile sur panneau, 135x100cm

La cure de la folie, 1494
Huile sur panneau, 49x35cm

Le problème de cette notoriété post mortem est que pas mal d’imitateurs apparaissent. Ça fout le bordel, et il faudra attendre le 19è siècle pour que des experts arrivent à différencier les vrais Bosch des productions similaires.

Le BRCP veille.

‘Qu’est-ce ssé le BRCP ?’

C’est le Bosch Research and Conservation Project, le bureau officiel des experts de Jéjé. A l’heure actuelle, ce bureau a authentifié seulement 20 peintures et 20 dessins.

En gros, le style de Bosch est caractérisé par les ‘diableries’, c’est-à-dire le fait qu’il y ait des petits monstres qui torturent des gens de manière incessante partout sur ses tableaux. Pour résumer, le monde part en couilles si je puis me permettre, et Jéjé représente cela.

Le grand héritier de Bosch est sans aucun doute Pieter Brueghel l’Ancien, né 9 ans après la mort de Jéjé. Le style de Bosch étant très à la mode à l’époque, il produit des oeuvres similaires en Belgique. Il s’inspire de proverbes et d’expressions pour créer ses oeuvres, comme a pu le faire Bosch. Ci-dessous, on peut voir une estampe de Brueghel, MAIS l’inscription ‘Hieronymus Bos / Inventer’ figure en bas à gauche. Cela traduit le fait que Brueghel ne se cachait pas de s’inspirer grandement de Jéjé.

Les grands poissons mangent les petits, Estampe de Brueghel, 1557.

La chute des anges rebelles, Huile sur toile de Brueghel, 1562

Le repas de noces, Huile sur bois de Brueghel, 1568

Et voilàààààààà.

On se voit dans deux semaines pour un nouvel article, c’est un petit rythme qui marche bien. En attendant, n’hésitez pas à partager cette bio si vous pensez qu’elle peut intéresser quelqu’un que vous connaissez.

Ou même quelqu’un que vous ne connaissez pas. Ça vous ferait pas de mal de créer des liens avec autrui.

LES NEWS :

Pour se tenir un peu au courant de ce qui se passe, vous pouvez recevoir une fois par mois les derniers articles d’Art Vulgaris : 
(là il faut entrer votre email sinon ça ne marche pas)

 

Ou suivre Art Vulgaris sur les réseaux sociaux : 
(ou les deux soyez pas lourds)

Insta : Vous retrouverez quotidiennement des oeuvres des artistes abordés sur le site et de la culture G à foison pour se la péter à l’apéro, je partage des visites de musées, de foires d’art, des résumés de conférences et tout le tintouin. Et des photos de bébés animaux en story car la vie est suffisamment compliquée comme ça.

Facebook et Twitter : Pour ceux qui n’ont pas insta et qui veulent quand même suivre l’actu dudit site (grosso modo le même contenu que sur insta).