Marché de l’Art et Pandémie

Le marché de l’art a pris, comme nous tous, un sale coup dans la tronche à cause du coronavirus. Voyons zensemble ce qui s’est passé – au niveau du marché de l’art hin pas de la pandémie -. Je me suis permise de donner des conseils au marché de l’art de manière générale. Oui carrément. 

 

Jose Manuel Ballester’s empty version of The Last Supper by Leonardo da Vinci. Courtesy of Jose Manuel Ballester.

 

Les galeries et les foires d’art.

 

Les galeries font entre 30% et 80% de leur chiffre d’affaire pendant les foires, donc on peut considérer que ce qui les impacte le plus, en dehors de la fermeture physique des galeries, c’est la fermeture des foires. 

Concernant les foires, plusieurs situations sont possibles :

-SOLUTION 1 : la foire est reportée : les coûts sont suspendus, c’est le cas d’Art Basel, en Suisse, qui aura lieu en septembre et non en juin.

Autant vous dire qu’en septembre, va falloir prendre de la vitamine C, parce qu’avec tous les évènements reportés à la rentrée et ceux qui avaient déjà lieu à ce moment, on va avoir chaud. 

SOLUTION 2 : la foire est annulée : les dépenses engendrées doivent être remboursées, ce qui sera le cas pour la Frieze New York, qui devait avoir lieu en mai.

SOLUTION 3 : la foire est modifiée : Art Basel Hong Kong a été annulée…en vrai mais a été maintenue online, des viewing rooms virtuelles ont été mises en place, avec des previews pour les VIP, comme à l’accoutumée. 90% des oeuvres qui devaient être dévoilées pendant la foire l’ont été virtuellement. Le site de la foire était flingué pendant les 25 premières minutes, car trop de participants étaient en ligne. Une fois le site rétabli, les spectateurs ont pu visiter la foire, et les VIP ont pu découvrir le prix des oeuvres, un détail important qui n’est que très peu affiché dans les foires.
Beaucoup de galeries disposaient déjà de viewing rooms sur leur site, vous pouvez voir ici un exemple avec le galeriste David Zwirner et sa viewing room dédiée à Art Basel. Beaucoup de grosses galeries étaient donc déjà prêtes pour accueillir leur public sur leur site. 

SOLUTION 4 : la foire pète les plombs : un autre cas de figure est celui de la TEFAF. Elle a eu lieu du 7 au 11 mars 2020, les organisateurs ont décidé de fermer 4 jours plus tôt que prévu, un des marchands de la foire ayant déclaré des symptômes inquiétants. 25 cas de maladie en rapport avec la foire ont été rapportés depuis, faisant des organisateurs de la TEFAF la cible de nombreuses critiques, la foire ayant accueilli plusieurs milliers de visiteurs en quelques jours.

 

🥁 Le conseil d’Anna pour l’avenir 🥁

Comme nous l’avons tous vu, la situation a évolué de manière assez étonnante jour après jour, certains restaient optimistes, d’autres l’étaient moins. Prédire l’avenir dans des situations aussi inédites semble compliqué. Mais bon, pour la prochaine fois, vous le saurez, la prudence est toujours la meilleure solution. Ça fait plus responsable et moins centré sur la tune. Donc, si on sent que la situation craint, on annule tout direct, on n’attend pas 15 ans, on appelle les copains geeks pour qu’ils nous boostent le site et les visites virtuelles, et on reste chez soi avec une connexion de qualité, on envoie des emails aux gens, on communique, on ne minimise pas la situation, quitte à passer pour des paranos. C’est pas grave. 

Superbes photos sur le site de la TEFAF.

 

Les maisons de ventes aux enchères.

 

Christie’s et Sotheby’s ont fermé leurs bureaux, les employés travaillent depuis chez eux. Les ventes ont été repoussées à cet été ou prévues online ou en live, selon les cas. 

Les ventes online existent depuis longtemps, et ces grandes maisons n’en sont pas à leur coup d’essai, l’adaptation a été rapide.

Pour les petites maisons de vente, c’est l’occasion de développer les ventes online et en live. Un des nouveaux challenges sera de fidéliser de nouveaux clients à travers les réseaux sociaux et leur site. C’est ici qu’il va falloir développer des nouveaux talents pour rendre le catalogue alléchant, pour améliorer la qualité des photos et des visuels, pour rendre les explications de l’histoire des lots plus vivantes… 

Je n’ai pas encore les chiffres les gars. Ce que je sais en revanche, c’est qu’un collectionneur qui veut acheter une oeuvre l’achètera de toutes manières. 

Kess’j’en sais ? C’est dans le Larousse : 

 

🥁 Le conseil d’Anna pour l’avenir 🥁

On ne change rien, la préparation était bonne. Ou alors on essaye de rendre les ventes online un peu moins chiantes éventuellement, en gardant le côté présentation des objets et commissaire priseur qui explique de quoi il s’agit. Moi je trouve que ça fait partie du spectacle. On achète des bonnes caméras, on créé un show, on invite des danseurs, on ramène des olives et de la sangria, bref, on attire le chaland, derrière son ordinateur. 

Ah oui, et s’il-vous plaît, rendez vos sites un peu plus accessibles pour les gens, parce que là, on ne comprend rien sur le planning des ventes et en plus il faut s’enregistrer et avoir fait 8 ans d’études pour accéder aux ventes, c’est décourageant. J’en rajoute un peu mais bon, c’est l’idée.

 

Illustration très sympa, sur le site de Christie’s

 

Les musées.

Ils sont bien évidemment tous fermés. Le Metropolitan Museum of Art, aussi appelé le ‘Met’ à New York s’attend à perdre 100 millions $ en fermant ses portes jusqu’à juillet 2020. 

Ledit MET.


Selon l’American Alliance of Museums, aux USA, environ 30% des musées ne pourront pas ré-ouvrir après la crise s’ils n’obtiennent pas d’aides de l’Etat. Et, évidemment, comme on n’a encore jamais vu ça, nous ne sommes pas encore capables de dire si l’Etat va sortir du fric ou pas. 

Les gros musées ont vu les visites de leur site exploser, on peut penser que cette nouvelle demande va les faire réagir, et qu’ils vont perfectionner leur offre culturelle numérique. Pour les petits musées en revanche, comme pour beaucoup d’autres petites institutions culturelles, ça va être chaud, on ne va pas se mentir. De manière générale, toutes les institutions qui ne croulent pas sous l’oseille vont avoir du mal à se payer des développeurs surpuissants pour tout mettre à jour. 

A cleaner wipes down the handrails in The British Museum the day after Prime Minister Boris Johnson called on people to stay away from pubs, clubs and theatres, work from home if possible and avoid all non-essential contacts and travel in order to reduce the impact of the coronavirus pandemic. (Photo by John Walton/PA Images via Getty Images)

 

🥁 Le conseil d’Anna pour l’avenir 🥁

Empêchez les visiteurs de prendre compulsivement des photos de chaque oeuvre pendant les expositions. Alors certes, ça n’a rien à voir avec la situation actuelle, mais c’est une idée. 

 

 

Les boîtes de logistiques.

Kessé ?

Ce sont des entreprises qui s’occupent des coulisses du marché de l’art, elles installent les expositions dans les musées et les galeries, les désinstallent, s’occupent que tout soit nickel, elles préparent les ventes aux enchères, envoient les oeuvres et les transportent dans le monde entier, en gros, elles sont en charge de tout le volet concret et pratique du marché de l’art. On n’en parle jamais, mais sans ces entreprises, rien ne se ferait. Alors ok, comme maintenant je bosse là-dedans à Londres, évidemment, je fais de la pub, mais quand même. Ayez du respect un peu. 

Les boîtes de logistiques sont naturellement les dernières à fermer, puisqu’elles dépendent uniquement des demandes des clients qui sont : les musées, les galeries, les collectionneurs, bref tous les acteurs du marché de l’art, je ne vous fais pas la liste sinon ça va être chiant. Si tout ce beau monde décide qu’on arrête de jouer, on arrête de jouer. Et il est évidemment impossible de dire à un énorme musée : 

‘Nan mais là nous on ferme, donc vous vous démerdez, vous prenez votre propre camionnette, vous mettez vos tableaux dedans, vous les posez devant la porte et on vous mettra éventuellement un technicien à dispo.’

Bref, les boîtes de logistiques suivent le mouvement. Au-delà des installations d’expo, ces entreprises s’occupent aussi d’envoyer des oeuvres à travers le monde et vous l’aurez remarqué, il n’y a plus d’avions dans le ciel, donc envoyer une oeuvre par voie aérienne est devenu hors de prix, résultat : on n’envoie plus d’oeuvres par voie aérienne. 

‘Mettons les oeuvres dans des camions’, me direz-vous.

Bon déjà, je doute que vous me disiez vraiment ça, et ensuite, les frontières étant dorénavant fermées, on se retrouve coincés de toutes façons. 

Tous les transports étant paralysés, il devient important de pouvoir stocker les oeuvres quelque part. Là-dessus, les boîtes de logistiques ont connu deux mouvements : certains clients vident leurs stocks d’oeuvres pour les mettre ailleurs et en disposer librement, pendant le temps de la crise; d’autres vident leurs galeries et ateliers et mettent tout en sécurité dans les entrepôts desdites boîtes de logistique, car dans lesdites boîtes, on ne stocke pas les tableaux par terre dans la cave après une inondation, on a du matos, type coffre fort, sécurité, température, humidité, lumière, petit odeur de pain qui sort du four etc, les oeuvres y sont bien traitées. 

Résultat des courses : tout le monde va se recoucher, et l’activité reprendra quand les clients l’auront décidé. 

 

🥁 Le conseil d’Anna pour l’avenir 🥁

Perfectionner les systèmes pour travailler depuis chez soi, bien qu’il soit clair que les données détenues par ces entreprises soient très sensibles, on n’a pas forcément besoin d’être sur place pour prévoir des expositions reportées. Donc voilà, blindez nous les systèmes de sécurité. C’est tout ce qu’on peut demander. 

 

Jose Manuel Ballester’s empty version of The Birth of Venus by Sandro Botticelli.
Courtesy of Jose Manuel Ballester.

 

On a hâte que ça se termine quand même.

 

On ne peut que se réjouir de toutes ces initiatives : galeries online, foires d’art online, visite de musées virtuelles, cours d’art en ligne, les stories sur Instagram, les vlog d’ateliers d’artistes… Plus il y a de propositions, mieux c’est, car tout le monde peut y trouver son compte. De plus, ça ouvre les portes d’institutions au plus grand nombre, et ça, c’est beau. 

Mais on a quand même hâte que ça réouvre car :

on ne voit pas les oeuvres de la même manière : bon ça j’ai pas besoin de développer hin. 

on veut pouvoir se la raconter : aller dans un endroit en vrai, ça fait partie des trucs à raconter à l’apéro. Dire :

‘Ouais j’ai été voir l’expo Machin…’,

ça fait partie de la vie sociale. Dire :

‘J’étais en slip et j’ai regardé le site de David Zwriner’,

c’est sympa, mais c’est moins sympa.
Y’a le prestige les amis. Quand même. On se ressaisit.  

 

 

ça fait un alibi pour sortir de chez soi : ne sortez pas de chez vous, c’est pas ça que je dis, je dis juste qu’à l’origine, un samedi après-midi au Louvre, c’est sympa, ça occupe, ça fait marcher. On est tous d’accord sur le fait que visiter l’Argentine sur Google Maps avec le petit bonhomme qui marche dans la rue c’est pas pareil que de poser 3 semaines pour aller à Buenos Aires. Ça n’a aucun rapport, ça donne un bon aperçu, et c’est sympa quand on est en quarantaine. C’est pareil pour les visites virtuelles, c’est très sympa, mais ça ne remplace pas une bonne vieille visite de musée. Parce qu’après le musée, on mange un gâteau dans le café d’en face en discutant de ce qu’on a bien aimé. C’est pas sur mon MacBook de 3cm de large que je vais pouvoir m’émerveiller devant un Rothko. C’est bien, mais ce n’est pas la même chose. Ceci dit personne n’a dit que c’était la même chose. Je trouve très bien que les deux existent. 

c’est un endroit de rencontres : une des choses agréables quand on se déplace, c’est de pouvoir parler avec le galeriste, le spécialiste pendant l’exposition de la maison de vente, le guide du musée, etc. Bon attention quand même, quand je dis parler, c’est parler vite fait, ne commencez pas à assommer les gens avec vos questions. On ne tient pas la jambe du galeriste pendant deux heures, on ne prend pas le guide du musée pour un prof particulier et le spécialiste de la maison de vente, il a autre chose à foutre que d’entendre les histoires de porcelaine de votre grand-mère. Je dis juste que ça fait un petit contact, un petit souvenir, un petit lien, une petite explication.

Ceci étant dit, le numérique c’est hyper cool quand on n’a que ça à foutre, qu’on ne peut pas se déplacer et qu’on n’a pas une tune, ce qui est, pour le moment, notre cas à tous. 

Pour avoir de l’inspiration, vous pouvez lire cet article de Pepper Dwyer pour apprivoiser l’art dans son canapé en 5 étapes. Y’a quand même l’Opéra de Paris qui met en ligne ses spectacles gratuitement. Donc bon. Le numérique hin, on le remercie. Je sais pas si c’est pas hyper ringard de dire ‘le numérique’. Je pense que si. Enfin bon. 

 

Moi qui cherche la mer à Buenos Aires.
Toujours pas.
Voilà, je crois que c’est en face.

En attendant que toutes ces belles institutions ouvrent à nouveau, faites attention à vous, arrêtez de lécher les sièges du métro, et à très bientôt. 

Vous trouverez mes sources ci-dessous, si vraiment vous ne savez plus quoi faire, ça vous fera de la lecture. 

 

Sources anglophones :

The Art News Paper : Post-pandemic, the art market might return to ‘normal’—but do we want it to?

The New York Times : In Time of Quarantine, Zwirner Shares Online Platform With Smaller Galleries.

Forbes : The Art Market Is Beating The Stock Market.

Forbes : Shuttered By COVID-19, Museums Now Have The Chance To Offset Social Distancing By Reinventing Online Exhibitions.

Forbes : As Art Fairs And Galleries Take Refuge Online To Elude COVID-19, Internet Art Is Emerging To Temper The Lockdown.

Artnet News : TEFAF, One of Europe’s Premier Art Fairs, Closes Four Days Early After a Dealer Tests Positive for Coronavirus.

ArtNet : Dealers Are Blasting TEFAF for Not Cancelling Its Maastricht Fair Now That Dozens of Attendees Have Contracted Coronavirus.

ArtNet : Art Basel Is Postponing Its Marquee Swiss Fair From June to September, Adding to a Year-End Crush in the Art Market Calendar. 

ArtNet : ‘This Is the Biggest Challenge We’ve Faced Since the War’: How the Coronavirus Crisis Is Exposing the Precarious Position of Museums Worldwide. 

ArtNet : ‘Nothing Prepares You for This’: Top UK Museum Directors Reveal What It Takes to Put an Art Institution on Lockdown.

ArtNet : The Internet Can’t Get Enough of These Images of Masterpieces Devoid of People. Most Surprised by This Development? The Artist Behind Them. 

Art News : After Canceling Fair Over Coronavirus Concerns, Art Basel Hong Kong Reveals Exhibitors Participating in Online Viewing Rooms.

Art News : Despite Early Technical Glitches, Galleries Report Steady Sales in Art Basel Hong Kong’s Online Fair.

Art News : Christie’s, Phillips Consolidate Major Sales, Reschedule Them for Summer—Macklowe Collection Auction in Limbo.

Art News : Following Global Auction Calendar Shifts, Sotheby’s Moves Marquee Hong Kong Sales to July.

Art News : Layoffs, Furloughs, and Pay Cuts: A Guide to Major U.S. Art Museums’ Coronavirus Closure Plans.

Sources francophones :

Le Monde : Coronavirus : le marché de l’art prend le pli du numérique.

Le Monde : Coronavirus : « Que l’industrie numérique culturelle sorte renforcée du confinement est dans l’air du temps ».

Et évidemment tous les sites des maisons de ventes, musées, galeries etc, cités dans l’article.

 

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